Parce que sans les défis, Yakafokon ne serait pas ce qu’il est, retrouvez ici nos carnets de bord respectifs chaque mois:
Défi 1 – Socialiser sans s’alcooliser

Léa, 31 août 2019
Fraîchement débarquée à Paris, revoyant mes copains non vus depuis plus d’un an et ne commençant le défi que le 1er septembre, je me suis laissée emporter par l’ivresse hier soir . Un happy hour par ci, une soirée d’inté par là… Une bonne manière de me souvenir, avant de commencer ce mois de septembre, de la raison pour laquelle soirée et alcool me semblent quasi impossible à dissocier (pour l’instant?). Dans les premiers effets, il y a ce sentiment de lâcher prise, de décompression. On se sent bien. Et on se sent bien aussi parce que l’on sait que l’on est entouré.e des bonnes personnes donc on peut boire en “sécurité” si je puis dire. Puis, il y a aussi ce sentiment de liberté, qui va de paire avec le lâcher prise. On perd un peu la notion du temps, on a toujours envie d’en voir plus, la fatigue de la journée/semaine s’évanouit. Pour donner un exemple concret, hier avant de commencer la soirée, jamais il ne me serait venu à l’esprit d’enchainer happy hour/ Soirée d’inté / soirée en appart. Avec deux pintes, tout paraît plus envisageable. On est également plus connecté.e au moment présent. Dans une vie où tout est accéléré, prendre le temps de sortir, de voir ses potes, de rire, c’est plutôt sympathique. L’alcool a quand même ce côté très jovial. Au niveau de la dimension purement “sociale”, c’est assez difficile d’en parler puisque je n’étais entourée en grande partie que de personnes que je connais très bien. En soi, pas de nouvelle rencontre qui aurait pu être potentiellement facilitée par la désinhibition qu’entraîne l’alcoolisation.
Elé, 2 septembre 2019
Ça y est, le mois sans alcool a commencé. Au vu de tous les évènements prévus rien qu’en cette première semaine de rentrée, je me dis que ne pas consommer d’alcool va être un réel défi. Ne pas boire pendant un mois et plus, je l’ai fait pendant mon année aux États-Unis parce que je n’avais pas 21 ans et que je ne sortais pas. Cette abstinence a été plutôt facile car il n’y avait pas d’occasion de boire. Là, la situation est différente : la tentation sera partout. Ne pas boire seul.e c’est facile, mais ne pas boire quand tout le monde autour savoure sa pinte c’est une autre histoire. Mais je me dis que ça pourrait être pire et je me concentre sur le positif : ça fera du bien à mon corps, à mon portefeuille, à ma dignité et à ma tête les lendemains de soirées.
Léa, 3 septembre 2019
S’il avait été “assez simple” de ne pas céder à la petite bière avec les copains lors d’un picnic près des quais de la Seine, l’histoire a été un peu plus compliqué lorsqu’il a été question de “l’Afterwork inter master”, un évènement digne de la socialisation par l’alcoolisation.
Prix de la pinte: 4€. Prix du coca: 3,50€ (cc Paris). Une très forte envie de relâcher la pression de la journée (par une pression justement).
Comment vous dire que c’était plutôt mon mécontentement de devoir me contenter d’un soft que j’avais du mal à gérer que le regard des autres sur cette boisson non alcoolisée.
Non mais bordel après 6h de cours, je l’avais bien méritée ma petite bière! Et puis, une bière, c’est pas grand chose hein!
Et voilà, comment la petite bière du soir est devenue une récompense. Donc, un objet qui permet de lâcher prise sur sa réalité. (Donc peut être pas un objet de socialisation à première vue selon les occasions).
Mais ne lâchons rien et allons-y vraiment.
Mon Coca en main, j’entends déjà ma pote me dire “mais Léa c’est quoi ça?” et repartir dans sa discussion comme si de rien était. Mes colocs me taquinent sur le fait que je n’ai pas le droit de boire. Je pose donc mon soft au milieu de toutes ces bières en regrettant déjà d’avoir participé à ce défi perçu comme ridicule.
Très vite je reprends ma boisson en main, et mimétisme les gestes de mes camarades (ne voulant pas me sentir plus exclue), c’est-à-dire boire des petites gorgées à intervalles très régulières (A ABSOLUMENT ÉVITER LORSQUE L’ON BOIT DU COCA, C’EST BEAUCOUP TROP SUCRÉ!!). Je ne m’étais absolument jamais rendue compte de ce geste avant ce soir-là. La pinte se finissant relativement vite, les gens vont en re-chercher une autre et très rare sont les personnes gardant des verres vides finalement.
Si vous pensez que ne plus boire fait du bien à votre porte-monnaie, la réponse est plutôt mitigée: entre boire un coca à 3€50 et une pinte de bière à 4€ (voir à 3€ dans certains bars), les 50 centimes d’écart poussent plutôt du côté de la boisson alcoolisée. Par contre, il est vrai qu’après un coca, la seule chose que je souhaitais boire par la suite, c’était de l’eau et pas un deuxième coca. La bière c’est un peu une autre histoire tout de même. Et c’est exactement sur quoi se basent les bars.
Sur le plan socialisation, ce fut un “échec”: je ne suis restée qu’avec mes copains, ou alors des bonnes connaissances, toute la soirée donc je n’ai pas eu trop trop d’autres remarques, ni de regards… Et d’un point de vue personnel, ça ne m’a absolument pas gêné de ne pas avoir un peu bu pour pouvoir parler aux gens.
La seule chose à noter peut être, c’est qu’eux (mes copains) enchaînant les pintes, et moi enchaînant les verres d’eau, c’est assez rigolo de voir comment à la fin de la soirée, même en étant complètement sobre, j’arrivais à rentrer dans cet état de lâcher prise totale et de franches rigolades comme on peut l’avoir après quelques verres.
Eléonore, 07 septembre 2019
Je suis allée à un after work dans un bar, j’ai vraiment eu envie de me mettre dans l’ambiance générale et de boire une bière. Pour le goût plus que pour l’alcoolisation qu’elle provoque.
Eléonore, 08 septembre 2019
Samedi soir Léa et moi avons bu car nous fêtions les 20 ans de deux de nos amis et les miens. Nous étions chez moi, pas vraiment dans un contexte de socialisation avec des personnes inconnues mais évènement exceptionnel oblige, nous avons voulu boire. Je repense à ma belle-mère qui ne boit jamais et qui a passé sa journée de mariage à entendre qu’il fallait qu’elle prenne une coupe de champagne parce que c’était “une fois dans une vie” (à priori). Ne pas boire à ce type d’évènement c’est presque socialement mal accepté. Les grands évènements de la vie se célèbrent avec des boissons alcoolisées, c’est comme ça. Nos 20 ans sans alcool ? Difficilement concevable.
Léa, 8 septembre 2019
En faite, depuis le début de cette expérience, je savais pertinemment que cette soirée (l’anniversaire surprise d’Ele) viendrait et je savais aussi que ça allait être l’exception de mon mois. Une sorte de pause. Un objectif aussi car enfin je pourrais “me sentir bien dans une soirée et profiter à fond”. En gros, un évènement pour me faire passer la pillule de ce mois sans alcool plus facilement.
“Marre de ce mois de septembre morne où rien de fun ne peut se passer parce que la boisson alcoolisée n’est pas présente”.
Parce que finalement comment fêter quelque chose sans alcool? Vraiment, plus j’avance dans cette expérience, plus je me rends compte que j’ai énormément de mal à dissocier l’idée de fun, de fête, d’amusement avec l’idée d’alcool. C’est-à-dire que pour atteindre ce stade-là (l’amusement), il faut au moins un peu boire. Est-ce que ça fait de moi quelqu’un d’alcoolique? Je ne pense pas. Posez-vous seulement la question: pour quasi n’importe quel évènement -et j’exgère à peine- vous trouverez toujours une boisson alcoolisée quelque part.
Voilà, j’ai passé ma soirée à boire (trop?) mais ce fut une soirée avec des souvenirs folkloriques, bien que flous, ça faisait du bien de se désinhinber totalement. Encore une fois, le point négatif reste la petite gueule de bois pas trop sympathique le lendemain et surtout la grooooooosse fatigue qui s’y accompagne.
Eléonore, 10 septembre 2019
Comme j’ai bu samedi j’ai l’impression d’être revenue à 0 dans mon mois sans alcool. C’est frustrant.
Léa, 11 septembre 2019
On devait aller au ciné avec mes collocs. Et puis le film était complet. Mais en ayant fait le trajet, on s’est dit que ça valait quand même le coup d’aller faire un tour de Paris de nuit. Et voilà comment très vite, on a failli se retrouver à un bar. Je vous jure qu’en voyant la deli red à 5€ avec ma coloc qui ne faisait que me répéter “nan mais ça va, une petite bière, vraiment c’est rien”, ma motivation à l’égard de ce défi en a encore pris un coup. Finalement, la non envie de mon coloc d’aller au bar aura réussi à me faire tenir le cap, (et a évité la petite fatigue du lendemain!).
Eléonore, 12 septembre 2019
J’ai remarqué que quand je suis dans un groupe d’adultes relativement plus agé.e.s, le fait que je ne boive pas ne pose aucun problème et ne suscite aucune réflexion, j’ai l’air jeune, ils/elles se disent que je ne bois pas “encore”.
J’attends le week-end d’intégration du 14 et 15 septembre mais celui-ci ne semble pas tourner autour de jeux avec de l’alcool. Il y a seulement une soirée le samedi soir et comme ma copine ne boit pas je ne me sentirai pas exclue entourée de gens bourrés. Le 20 septembre il y aura la soirée d’anniversaire d’un ami de SciencesPo, ce sera probablement un contexte plus compliqué.
Eléonore, 16 septembre 2019
Update week-end d’inté : On ne nous a absolument pas forcé.e.s ni incité.e.s à consommer de l’alcool. J’ai d’ailleurs été surprise par le nombre de personnes qui ne buvaient pas donc je n’ai vu aucune réaction quand j’ai dit ne pas boire. Je ne me suis jamais sentie à part, personne n’était très alcoolisé et on semblait socialiser sans s’appuyer sur la désinhibition. Je dirais que la seule raison pour laquelle j’ai regretté l’alcool c’est que les autres boissons manquaient. À part du jus d’orange premier prix, du lait ou de l’eau pas d’autres options. J’ai réalisé que c’était fantastique de ne plus avoir la gueule de bois le matin en ressentant la honte d’une soirée trop arrosée pendant laquelle j’aurais dit n’importe quoi. Ma « dignité » me remercie de ce geste à son égard.
Léa, 16 septembre 2019
Apéro de rentrée pour ma nouvelle asso. Allez enfin un évènement où je ne connais vraiment personne et je vais pouvoir jouer le jeu à fond. Sauf que voilà dès mon arrivée, il n’y a que du vin ou de la bière sur la table et que donner l’impression d’être la fille pas très fun qui ne boit même pas un petit verre de vin (sachant que j’étais aussi la seule végétarienne du groupe), ça m’angoisse un peu. Alors non, je n’ai pas mis sur pause mon défi, mais j’ai encore justifié mon absence d’alcoolisation par ce podcast, en sous entendant donc que oui c’est un peu (beaucoup) chiant de ne pas pouvoir boire surtout au mois de septembre et que oui habituellement je buvais (ou en autre sous entendu “ne vous inquiètez pas, je ne suis pas une personne reloue qui ne sait pas lacher prise”). C’est très bête, et c’est peut être uniquement dans ma tête, mais socialement j’ai vraiment du mal à assumer cette position de non consommatrice (surement en plus parce que je ne suis pas tout à fait convaincue?). En soit, les réactions étaient encore “oh mon dieu, mais jamais je fais ça”, “ouais, c’est cool mais c’est pas pour moi” ou “ça va, c’est pas trop chiant quand même?”, qui selon moi, prouve que décider de ne pas boire d’alcool n’est pas anodin et qu’il existe une relation entretenue avec ce type de boisson. Typiquement, il aurait été très peu concevable de faire cette apéro sans bières ou vin. Et encore une fois, je trouve qu’il y a cette idée sous-adjacente, que ce n’est pas fun, ni cool, ni chill, ni *placez un adjectif positif pour décrire une soirée* s’il n’y a pas un peu d’alcool. Et ces mêmes adjectifs décrieront la personne qui décide de ne boire pas. Ne pas vouloir fumer est perçu comme un signe de préservation de sa santé, ne pas vouloir boire va caractériser -de manière négative- une personne. Cela semble montrait l’aspect social primordial que va jouer l’alcool.
